Mortier Fati – Lignes de lumière [2024]
17e Biennale de Lyon dans l’ancienne usine ferroviaire des Grandes Locos.
Déployée sur la voûte du bâtiment, l’œuvre suit les fissures et les traces de réparation qui parcourent la structure. En révélant ces cicatrices architecturales l’installation transforme les marques du temps en un vaste dessin de lumière célébrant la résilience, la transformation et la beauté des imperfections.

Réalisée pour la 17e Biennale de Lyon, Mortier Fati – Lignes de lumière révèle les traces de réparation qui parcourent la voûte des Grandes Locos à Lyon et défont la géométrie rigoureuse de sa grille architecturale. En soulignant ces fissures plutôt qu’en les dissimulant, le projet s’inspire de la notion nietzschéenne d’Amor Fati, l’amour du destin. Nietzsche nous invite à accepter et à aimer ce qui nous advient, y compris les accidents, les blessures et les imperfections qui façonnent notre existence. L’intervention transforme ainsi les cicatrices du bâtiment en éléments esthétiques précieux, faisant de l’altération une source de beauté plutôt qu’un défaut à corriger. Lors de ma première visite, j’ai été frappé par la présence de ces lignes de fracture qui traversent la voûte de cette immense cathédrale industrielle sur près d’une centaine de mètres. Témoins des mouvements de la matière, des contraintes structurelles et des interventions humaines qui se sont succédé au fil du temps, elles dessinent un paysage inattendu au-dessus des visiteurs. En illuminant ces traces, l’œuvre invite le public à lever les yeux vers cette architecture monumentale et à découvrir un immense dessin suspendu dans l’espace, une fresque lumineuse composée des marques laissées par le temps. Les lignes de lumière suivent les contours des failles, des bifurcations et des réparations, révélant les forces naturelles et humaines à l’œuvre dans la matière du bâtiment. Ces altérations témoignent à la fois de la puissance des phénomènes géologiques qui déforment les structures et du travail patient des maçons qui les réparent. Ensemble, ces forces produisent des dessins saisissants qui émergent spontanément de la rigidité de la grille architecturale. Les fissures introduisent des diagonales, des bifurcations et des trajectoires imprévisibles qui viennent perturber l’ordre établi et générer de nouvelles formes. L’œuvre devient ainsi une invitation à dépasser notre attachement aux résultats prévisibles et à accepter l’incertitude fondamentale de l’existence. En révélant la richesse formelle produite par les accidents, les transformations et les réparations successives, Mortier Fati célèbre la résilience de la matière et la capacité des choses à se réinventer. Chaque fissure et chaque intervention humaine deviennent les traces visibles d’une histoire en mouvement, où l’imperfection participe pleinement à la singularité, à la mémoire et à la beauté du monde.
Le Journal des Arts
“(…) On peut y voir une allusion aux luttes syndicales ouvrières ayant pris place dans ce lieu, dont l’installation lumineuse de Michel de Broin vient magnifier les traces d’usure demeurées dans les voûtes, inscrivant, à même l’architecture, l’écriture incandescente et indéchiffrable du temps. (…)”
“(…) Les œuvres du Québécois Michel de Broin – surlignages à la guirlande lumineuse des colmatages appliqués à la va-vite des plafonds de la halle – témoignent de la fin d’une activité industrielle autrefois florissante et de la disparition concomitante d’une population laborieuse chargée d’une riche histoire. (…)”
“(…) le Québécois Michel de Broin (né en 1970) les a entourées de néons blancs. Ces derniers les soulignent, les embellissent même, et incarnent une forme de restauration ostensible à la manière du kintsugi japonais, qui emplit d’or les fêlures des céramiques pour mieux les réparer. Mieux ; car leurs formes sont aléatoires et s’alignent le long des verrières, on croirait voir là une écriture indéchiffrable, poème de néon et de béton sans queue ni tête, pur plaisir d’esthète. Une idée diablement séduisante mais aussi futée, qui résonne avec l’histoire de cet ancien technicentre où durant des décennies ont été réparées des locomotives. (…)”
Fisheye Immersive
“(…) Lignes de Lumière est une installation lumineuse interactive, conçue pour réagir aux mouvements des spectateurs. Traduction : des lignes d’énergie lumineuse dessinent des motifs éphémères dans l’air, créant des figures abstraites et dynamiques. Sur le fond, cette œuvre de l’artiste Michel de Broin entend questionner l’interaction humaine avec la technologie et la manière dont nous percevons le monde à travers le prisme de la lumière et du mouvement. Mission réussie ! (…)”
ARTnews
“(…) Aux Grandes Locos, prenez le temps de lever les yeux vers la voûte du bâtiment, constellée de lumières au néon qui mettent en valeur les réparations les plus récentes. Cette installation de l’artiste canadien Michel de Broin (né en 1971) révèle la tension entre la trame architecturale du lieu et les forces géologiques qui la transforment depuis l’inauguration du bâtiment en 1846. « En colmatant les fissures et les cicatrices de l’édifice, les tailleurs de pierre ont créé un véritable alphabet de formes, que j’ai abordé comme autant de motifs picturaux », explique Michel de Broin à ARTnews, ajoutant que son projet cherche avant tout à célébrer la beauté des imperfections. « Il ne me restait plus qu’à découper le fruit de leurs interventions à l’aide de fines lignes de lumière. » Intitulée Mortier Fati – Lignes de lumière (Fati Mortar – Lines of Light), la sculpture fait à la fois référence au mortier, ce mélange de ciment, de chaux, de sable et d’eau qui assure la cohésion des constructions, et à la notion nietzschéenne d’amor fati (« l’amour du destin »), qui invite à accueillir son destin plutôt qu’à lutter contre l’inévitable. (…)”
Le Monde
“(…) Mieux, le côté déglingué peut inspirer, comme c’est le cas pour Michel de Broin : il a créé sur toute la voûte une étrange calligraphie de néon qui souligne les parties restaurées, plus claires, du béton. (…)”
Libération
“(…) À l’arrière-plan, suspendue sous l’immense voûte de béton que le Canadien Michel de Broin a « réparée » à l’aide de néons, dans un geste qui évoque le kintsugi, l’art japonais de sublimer les fissures en les mettant en valeur. (…)”