DendritesMille SpéculationsSeuilsMake Soccer Great AgainDendriteInterludeBloomTout est PossibleEntrelacementsTortoise CubeTortoise TunnelMajesticMehr LichtRévolutionCent PasMonumentTrancher dans la NoirceurLa Maîtresse de la Tour EiffelL’ArcOverflowLustreEncerclementShared Propulsion CarKeep on SmokingSuperficielleRéparationsRévolutionsMonochrome BleuTenir sans servir c’est résister (version autonome)Épater la GalerieTrouSolitudeEntrelacementTumescenceL’éclaireur Éclairé


L’Arc   [2009]
Béton à ultra-haute performance, acier inoxydable, 280 x 472 x 127 cm
Collection de la Ville de Montréal, Jardin des Floralies, parc Jean-Drapeau (île Notre-Dame)

L’Arc représente un arbre courbé dont la cime cherche, dans le sol, la fable de son origine. Une commémoration de Salvador Allende pour la communauté chilienne de Montréal.


Iconographiquement, cette œuvre est la représentation singulière et métaphorique d’un arbre recourbé, d’un arbre qui trace une arche dans l’espace et vient planter ses branches dans le sol. A priori d’apparence très simple, L’Arc relève pourtant d’une manipulation complexe de matériaux solides. Tout d’abord, l’arbre a été sculpté avec un réalisme saisissant par l’artiste dans son atelier.  Ensuite un moule de polyuréthane élastomère renforcé d’une coquille de fibre de verre reproduit avec acuité l’œuvre de l’artiste. Dans ce moule, l’arbre a été coulé avec du “béton à ultra haute performance”. Les ancrages de l’oeuvre sont en acier inoxydable  fixé à des bases de béton de 200cm de profondeur.
Détournée, la constitution naturelle de l’arbre – le bois – se voit ici imitée par un matériau extrêmement résistant et qui répond par conséquent aux contraintes de la commande d’art public. La métamorphose de l’arbre, pour ainsi dire, lui permet de suivre cette ligne courbe formant une arche ouverte dans l’espace. Cet arbre d’apparence naturelle et presque hyperréaliste est à la fois lié à son environnement naturel et surprenant par sa courbure surnaturel. L’œuvre, étant située sur l’île Notre-Dame, au cœur du Jardin des Floralies, se voit en effet entourée d’éléments organiques à composition végétale. Elle se perd donc dans son environnement direct ; on la confond avec le paysage. Ainsi, il arrivera au visiteur d’être trompé, au premier coup d’œil, avant de se rendre compte de l’impossibilité d’une courbure si insolite. D’autant plus que l’arbre plonge littéralement ses branches dans le sol, créant une arche parfaite et permettant à tous de circuler au sein même de l’œuvre. Ainsi, le spectateur est pris en compte ; on l’invite à pénétrer l’œuvre et à participer à la constitution de son sens. Par ailleurs, l’emplacement de L’Arc au cœur de l’île qui a vu naître nombre d’événements à vocation internationale souligne le caractère universel de l’œuvre.

En 2004, les instances municipales de la ville de Montréal ont reçu l’offre de la part de la communauté chilienne de prendre part à un projet de commémoration de l’ancien président chilien, défenseur des valeurs social et humaniste, Salvador Allende. Après avoir étudié diverses possibilités (la dénomination d’une place ou d’une rue, la réalisation d’un buste, etc.), la Ville de Montréal et la communauté chilienne ont décidé d’organiser un concours sur invitation, afin d’accorder la réalisation d’une œuvre d’art public à un artiste contemporain québécois. C’est ainsi qu’à l’automne 2008, le service de développement culturel de la ville de Montréal a invité Michel de Broin, de même que d’autres finalistes (le nombre ne nous est pas connu), à réaliser des maquettes de ce qui allait peut-être devenir un des symboles de l’implantation de la communauté chilienne à Montréal. Le 25 mars 2009, le Cabinet du maire et le Comité exécutif de la Ville annonçaient, dans un communiqué de presse, la nomination de Michel de Broin, sélectionné par un jury composé de professionnels du milieu, de représentants du parc Jean-Drapeau, du Bureau d’art public et de la communauté chilienne.

Comme le souhaitait la communauté chilienne, L’Arc représente des valeurs symboliques inhérentes à la constitution de son sens. Dans un premier temps, elle commémore le président Salvador Allende, qui a perdu la vie après 3 ans de règne lors du coup d’État orchestré par la junte militaire chilienne de Pinochet le 11 septembre 1973. Historiquement, le mandat de Allende est sociale et humanitaire, donc plutôt à gauche . En contre partie la dictature de Pinochet, est caractérisée par un programme fasciste de droite cherchant à redresser la gauche par un coup d’état sanglant et meurtrier qu’on pourrait qualifier de ‘génocide idéologique’. En effet, des milliers d’artistes, de poètes et de musiciens, ainsi que tout ceux qui se prononçaient ouvertement à gauche ont été emprisonnés, battus et tués. C’est donc dans cette optique que « l’arbre gauchi », peut être interprété de manière polysémique comme représentant l’orientation à gauche de la pensée d’Allende, et la torture subit par le peuple chilien. Par son double enracinement dans le sol montréalais l’arbre se déploie de manière commémorative en formant un arche où le présent rencontre le passé. Après le coup d’État, tout un contingent de Chiliens a été accueilli au Québec. L’Arc symbolise ces nouvelles racines chiliennes. Nous pourrions aller jusqu’à voir en cette œuvre la représentation du voyage qu’effectuèrent ces Chiliens. À la cime, le tronc est large et uni, comme le peuple chilien solidaire à Allende et fuyant la dictature. L’arbre s’envole ensuite pour rétablir ses racines en plusieurs lieux, formant ainsi une arche pouvant rappeler l’ouverture des peuples d’accueil. Voilà en somme la symbolique commémorative soulevée par l’artiste. (Marie-Eve Charon)